# Les Marchands du Renouveau - Épisode 1: Le Rêve Commence
L'aube se lève sur les Cévennes comme une promesse fragile. Le ciel passe du gris anthracite au rose pâle, éclairant progressivement les champs en pente douce de la ferme Roussel. Les cultures biologiques ondulent sous une légère brise, leurs feuilles encore couvertes de rosée. C'est un spectacle de beauté paisible — celui que Léa Roussel connaît depuis son enfance, celui qu'elle a appris à aimer comme on aime une personne.
Ses mains sont déjà sales. À dix-neuf ans, Léa possède la force tranquille de quelqu'un qui a grandi en harmonie avec la terre. Ses gestes sont précis, économes, nés de générations de savoir-faire paysan. Elle parcourt les rangées de tomates, les examine une à une, caressant délicatement les feuilles.
« Allez mes belles, vous êtes plus robustes que celles du supermarché, tu comprends ? Vous avez la terre cévenole dans les racines... »
Derrière elle, assis sur le banc usé du porche de la maison familiale en pierre du XIXe siècle, son père la regarde. Son père qui ne peut plus travailler. Ses poumons l'ont trahi il y a deux ans — trop de poussière, trop de saisons, trop de labeur. Maintenant, il observe. Il voit sa fille porter seule le poids de l'héritage familial.
Léa sent son regard. Elle le sent toujours. Mais elle ne se retourne pas. Pas encore.
Son téléphone vibre dans sa poche. Une notification officielle : « Demande de fermeture d'exploitation agricole rejetée. Les critères d'aide gouvernementale ne sont pas satisfaits. »
Le téléphone vole.
Il retombe quelques mètres plus loin, dans la poussière rouge des chemins cévenols. Léa crie vers la maison, l'accent cévenol marqué par l'émotion : « Papa ! On va pas lâcher, tu m'entends ? Cette terre, elle vaut mieux que leurs tomates de merde ! »
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Plus bas, dans le village, le magasin général Mercier respire l'agonie lente. Ses murs jaunes pastel ont viré au beige terne. Les néons fluorescents bourdonnent avec la régularité d'une machine cardiaque en fin de vie. Thomas range les dernières boîtes de conserve — des conserves qui traînent depuis des mois, qu'il a déjà rangées une douzaine de fois. Derrière le comptoir, son père sirote lentement un verre de pastis. À onze heures du matin.
Thomas essaie toujours. Ce matin, il a gribouillé une idée sur un bout de papier froissé. Il la montre à son père avec un enthousiasme qui sonne presque faux tellement il fait d'efforts pour le paraître authentique.
« Et si on créait un événement ? Un jour par semaine où les gens achètent local ? »
Son père sourit tristement. « Mon garçon, les gens veulent des prix bas et de la commodité. Nous ne pouvons offrir ni l'un ni l'autre. »
Thomas sort du magasin, vexé. C'est en montant la rue principale déserte qu'il croise Léa. Elle marche vite, les épaules tendues, les yeux brûlant d'une colère rentrée. Ils ne se sont pas vraiment parlé depuis le lycée.
« Léa ? Léa Roussel ? Ça va ? Tu as l'air... enfin, tu sembles contrariée ? »
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Dans sa chambre baignée de lumière bleutée, Mathieu Bonnet tapote sur son clavier. Trois écrans jettent une lumière froide sur son visage concentré. Sa mère entre sans frapper, portant une lettre officielle — le genre de lettre qui change les vies.
« Mathieu, c'est pour toi. Tu dois partir. Il n'y a pas d'avenir ici. »
Mathieu regarde la lettre sans émotion. Son téléphone vibre. Un message de groupe WhatsApp : « Les jeunes du village - reunion urgent ce soir 19h place de l'église. Idée qui peut tout changer. » De Thomas.
Mathieu sourit légèrement — la première émotion depuis le début de la scène.
« Techniquement, je suis curieux. »
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Chloé peint dans la petite galerie d'art de ses parents. Elle crée une fresque murale sur le mur extérieur — une explosion de couleurs représentant des producteurs locaux. Ses parents observent, inquiets. « Chloé, c'est magnifique, mais ça ne paie pas les factures. »
Elle reçoit le même message WhatsApp de Thomas. Elle lit « Léa sera là » et son cœur s'accélère.
« Je suis là ! Évidemment que je suis là ! »
Elle se précipite à la fenêtre. Léa passe devant la galerie, s'arrête un instant pour admirer la fresque, puis continue son chemin. Chloé ferme les yeux, rêveuse. « Peut-être que ce soir, quelque chose change. »
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La place de l'Église est le cœur du village, autrefois animé, désormais vide et silencieux. L'église du XIIe siècle se dresse majestueusement, ses pierres grises témoignant de siècles de vie communautaire. Mais ce soir, quelque chose d'électrique flotte dans l'air du crépuscule.
Les quatre adolescents se réunissent comme si une force invisible les y avait attirés. Thomas parle en premier, débordant d'enthousiasme, gesticulant comme un enfant.
« Imaginez ! Tous les samedis matin, la place s'anime ! Les producteurs locaux, les habitants qui se retrouvent, qui discutent... Comme avant ! »
Léa s'anime immédiatement, gesticulant avec passion. « Thomas, tu comprends, nous on a tout ce qu'il faut ! Mes légumes bio, ils sont prêts. Les courgettes, les aubergines, les tomates cerises... On peut faire ça chaque samedi ! »
Mathieu hoche la tête, déjà en mode calcul. « Application mobile. Géolocalisation des producteurs, système de réservation, paiement intégré. J'ai déjà 60% du code. »
Chloé saute presque sur place, les yeux brillants. « Oh là là ! Imagine cette place... elle va revivre ! Des installations, des concerts improvisés ! L'art qui rencontre la vraie vie ! »
Pendant un moment magique, le projet prend forme. Quatre rêves individuels fusionnent en une seule vision. Mais soudain, une silhouette apparaît. Le maire Gérard Fabre approche lentement, les mains dans le dos.
« Bonsoir la jeunesse... J'ai entendu vos voix depuis la mairie. Ça faisait longtemps que cette place n'avait pas résonné de tant d'espoir. »
Il laisse passer un silence lourd, puis son ton change. « Mais jeunesse, j'ai vu défiler bien des projets sur cette place. En 1998, c'était un festival de musique traditionnelle. En 2003, un marché artisanal. En 2011... »
Il secoue légèrement la tête. « Comme on dit, l'enfer est pavé de bonnes intentions. »
Les sourires s'effacent des visages des quatre adolescents.
« Il y a une complication que vous ignorez. Cette place... elle ne nous appartient plus entièrement. Depuis la réforme territoriale, le terrain relève de la compétence métropolitaine. Toute utilisation commerciale nécessite une autorisation du conseil municipal, puis validation préfectorale. »
Mathieu rompt le silence tendu. « Trois jours. Faisable. Techniquement, nous avons trois jours pour préparer la meilleure présentation de nos vies. »
Le maire se redresse, une lueur étrange dans les yeux. « Conseil municipal jeudi prochain, 20h30. Vous aurez quinze minutes pour présenter votre projet. Préparez-vous bien. Les conseillers ne sont pas tendres avec les rêveurs. »
Il s'éloigne dans l'obscurité croissante, puis s'arrête sans se retourner. « Pour ce que ça vaut... j'espère que vous leur prouverez que j'ai tort. »
Les quatre adolescents restent figés sur la place, sous les premiers étoiles. Trois jours. Quinze minutes. Une chance unique de sauver leur village — ou de voir leurs rêves s'écrouler définitivement.
C'est alors que Thomas reçoit un message sur son téléphone. Une notification de la banque : l'hypothèque sur le magasin de son père est en défaut de paiement. Deux mois avant la saisie.
Il lève les yeux vers ses amis, le visage pâle. « Les gars... on n'a pas juste trois jours. On n'a pas le choix. »
Les Marchands du Renouveau
Episode 1
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Les Marchands du Renouveau - Épisode 1: Le Rêve Commence
Dans le petit village de Saint-Germain-de-Calberte aux Cévennes, quatre adolescents confrontés au déclin de leur communauté décident de lancer un marché de producteurs locaux. Léa, Thomas, Mathieu et Chloé unissent leurs forces pour un projet ambitieux, mais doivent d'abord convaincre le maire sceptique et obtenir une autorisation officielle en trois jours seulement. Cependant, une révélation inattendue transforme leur rêve en question de survie.
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